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Entretien avec un expert en ergonomie: Dr. Ahmet Cakir


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Depuis 1980, le docteur Ahmet Çakir est responsable scientifique de l’Institut ERGONOMIQUE des Sciences Sociales et du Travail à Berlin. Il était membre de la Ergonomic Society et Editeur en Chef du journal scientifique Behaviour & Information Technology. Dr. Çakir est président du comité de standardisation internationale ISO/TC159/SC4/WG3 responsable de la standardisation de l’espace de travail et de l’environnement de travail et du comité national allemand NAErg/NIA : Ergonomie pour les systèmes de traitement de l’information. Dr. Çakir était également le principal auteur du ‘Manuel VDT ’ publié en cinq langues et représentant un repère national de l’interaction entre l’homme et l’informatique. 


Q1 :Qu’est-ce qui a changé au fil des années dans la manière de travailler ?
Grâce aux nouvelles technologies tel que le courriel, le nombre de décisions prises par jour s’est multiplié considérablement. Les personnes passent davantage de temps à discuter et débattre ensemble. De ce fait, la plupart des structures ont un problème avec leur espace de réunion.

Les entreprises opérant de manière plus efficace avec un budget dépenses réduit de moitié par rapport aux années 80, ont vu leurs bénéfices multipliés par deux. Auparavant, le responsable ne contrôlait pas chaque étape du processus travail. De nos jours, un responsable est en mesure de diriger une équipe de salariés basée dans six villes différentes et opérant depuis leur domicile. De cette combinaison de paramètres découle la nécessité des responsables de commander chaque étape du processus travail. De manière à faciliter ce nouveau mode de travail, de nombreux emplois sont hautement standardisés ne nécessitant aucune créativité de la part des employés. Et parmi ces emplois hautement standardisés, plus aucun emploi n’est soumis à forte pression temporelle. Le principal est que tout le monde maintienne la cadence.


Q2 : Quel est le plus grand défi des bureaux actuels ?
Un des défis majeurs est la distraction sonore dans les bureaux. Le niveau sonore de base d’un bureau inoccupé est passé de 50-75 dB(A) dans les années 70 à au maximum 37 dB(A) de nos jours. Les niveaux actuels de bruit sont principalement dus aux systèmes de climatisation. Le bruit de claviers usagés par exemple a disparu presque entièrement, grâce en partie, au nouveau travail.

Les nuisances sonores dont les employés se plaignent de nos jours sont dues à leurs conversations : soit des personnes parlant à d’autres dans la même salle ou parlant au téléphone. En fonction du nombre de personnes ayant à parler au même moment , on obtient un niveau sonore moyen allant jusque 55 dB(A). Ce qui a changé cependant, est le nombre de moments sonores par heure. Dans les années 70, les employés parlaient en moyenne 8% de leur temps de travail. Ce chiffre atteint de nos jours 30%. Autrement dit, de nos jours, il se peut que quatre personnes dans un même bureau produisent l’équivalent en bruit d’une conversation permanente. Ce n’est pas tant le niveau sonore élevé constant qui soit extrêmement gênant mais plutôt et surtout les changements de niveaux sonores produits par les conversations. Le nombre croissant de conversations dans les bureaux représente la plus grande nuisance.  


Q3 : Quelle est, selon vous, la solution au problème de bruit dans les bureaux ?
Nous avons mis en oeuvre un certain nombre de solutions. L’une d’entre elles est l’introduction d’oreillettes de qualité supérieure de sorte que la qualité de communication entre une personne à l’intérieur d’un bureau par exemple et un conducteur à bord de son véhicule soit améliorée. Par ailleurs, nous formons les personnes à parler. L’amélioration de l’acoustique des bâtiments permettra de réduire les niveaux de bruit d’environ 2 dB(A) seulement, alors qu’une personne au téléphone converse à un niveau de 25 dB(A) et qu’une différence de niveaux sonores encore plus importante est mesurée entre plusieurs personnes. Une autre solution consiste à former les groupes en vue d’une meilleure compréhension des autres et faire accepter que les conversations informelles sont indispensables pour travailler correctement.


Q4 : Pouvez-vous partager quelques réflexions sur “les espaces de bureaux ouverts''?
Depuis les années 60, l’idée d’espaces de bureaux ouverts a été mise en oeuvre en Allemagne. Toutefois, force est de constater que celle-ci ne fonctionne pas partout. Les personnes qui profitent de l’interaction formelle et informelle avec leurs collègues ont tendance à en accepter les désagréments. Mais cela ne fonctionne pas pour la majorité des employés dans un bureau classique. Même en petites cellules de 2 personnes, le problème de la distraction sonore créée par l’autre personne conversant avec une personne en dehors du bureau, reste réel.

En installant une personne dans un bureau prévu pour une personne, celle-ci aura tendance à perdre en créativité. D’un autre côté, j’ai pu observer des exemples de groupes de cent personnes ayant tenu à rester dans le même (grand) espace. La mission de ces personnes étaient de retoucher des photos. Pour ce travail précis, il leur était justement nécessaire de converser en permanence de manière à bien coordonner leur travail de précision. Ces employés partageaient de nombreuses conversations privées, essentielles pour garantir la qualité de leur travail.
 

En installant deux personnes dans un bureau qualifié de standard en Allemagne, la question sera de savoir si ces deux personnes vont bien s’entendrent. Tant l’organisation que les individus doivent réfléchir aux avantages et aux inconvénients de ce mode opératoire. Si ces deux personnes n’ont pas le même travail, il faudra s’attendre à ce que les inconvénients soient supérieurs aux avantages. En revanche, si ces 2 personnes partagent le même travail, les avantages perçus seront largement supérieurs aux inconvénients.


Q5 : En quoi consiste selon vous un poste de travail ergonomique pour le travailleur du savoir ?
La production de papier est bien moindre que dans le passé. Cependant, pour avoir accès à toute cette information, nous avons besoin de plusieurs écrans (le poste de travail de Dr. Çakir en compte trois). Les conditions acoustiques doivent être adaptées aux besoins de la coopération. Si le niveau de collaboration est élevé, une aire de bureau plus ouvert sera idéal. En revanche, si le niveau de collaboration est faible et qu’un niveau élevé de concentration est requis, alors un bureau fermé sera préférable. Enfin, nous devrions réduire les distractions sonores pour les besoins d’une meilleure concentration en prenant des dispositions en matière d’organisation par exemple.


Q6 : Vous voyez un remplacement massif des ordinateurs de bureau par des ordinateurs portables en Allemagne ?
Oui, cependant je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’utiliser un ordinateur portable sans écran d’appoint et souris et clavier séparés. Dans les années 70, j’ai développé l’idée selon laquelle le clavier et l’écran devaient être séparés car les personnes sont différentes. L’ordinateur portable ne permet pas d’avoir un équilibre acceptable entre l’utilisateur et son ordinateur. Nos clients possèdent tous des ordinateurs portables pour des raisons pratiques de travail à plusieurs endroits. Ils utilisent des stations d’accueil et un écran séparé. La seule fonction d’un ordinateur portable est celle d’un ordinateur. La version plus moderne, une tablette avec un clavier séparé en plus procure un meilleur équilibre pour l’utilisateur.


Q7 : Pensez-vous que les appareils de saisie (claviers, souris) peuvent être améliorés à l’avenir ?
Je pense qu’ils changeront peu. La souris est la solution la plus économique et la plus précise parmi toutes les alternatives, y compris saisie basée sur la gestuelle et le toucher. Le travail le plus précis est fourni en utilisant la main et le bras ensemble avec la souris. Le même résultat peut être obtenu avec la tablette bien que prendre le stylo et le positionner prennent plus de temps.

La même chose s’applique aux claviers. Dans les années 80, on suggérait que la commande vocale allait remplacer la saisie sur clavier. Cependant, personne n’est capable de parler huit heures d’affilée sans être soumis à une pression extrême sans oublier la distraction sonore causée aux autres employés et “le caractère confidentiel que procure la saisie sur clavier” qui fait défaut. Si nous utilisions la voix, les niveaux de confidentialité seraient plus faibles et cela augmenterait encore plus la distraction.

Un autre aspect est que les ordinateurs ne sont pas devenus puissants au point de pouvoir convertir une commande vocale en un texte sans erreurs. Voici la raison pour laquelle le clavier n’a jamais pu être remplacé valablement. La mauvaise chose est que des appareils de pointage supplémentaires sont requis outre le clavier.

Numpad : La majorité des utilisateurs ne se servent pas du pavé numérique situé à la droite du clavier standard. Dr. Çakir a prévu un clavier sans partie numérique, le clavier compact en tant que clavier standard.




Nous avons ainsi proposé à nos clients d’opter pour un clavier compact sans partie numérique en effet, la majorité des utilisateurs ne s’en servent pas. Je suis à l’origine du terme clavier compact. Dans notre standard, ISO 9241-410, le clavier compact constitue le premier appareil de commande. Pour nos clients, nous avons prévu un clavier compact accompagné d’une souris Evoluent. C’est à l’utilisateur de décider de garder son ancien clavier ou de prendre un clavier compact en plus d’une souris Evoluent et d’un pavé numérique séparé dans la mesure où le niveau de données numériques à traiter est assez important.


Q8 : Que pensez-vous des bureaux assis/debout ?
Dans les années 70, personne n’acceptait le bureau assis/debout alors qu’il était déjà recommandé. J’étais conscient de ses avantages parce qu’en tant qu’étudiant, je travaillais debout à une table de dessin tout en ayant quelques petites pauses. Je pensais déjà qu’il allait plaire à beaucoup. Les fabricants allemands de bureautique ne savaient pas vraiment comment utiliser le métal à ce moment là. Ils avaient l’habitude de travailler le bois qui n’est pas adapté à la fabrication de meubles adaptables en hauteur. Depuis 1976, nous travaillons pour un fabricant de tables assis/debout en Allemagne. Je lui ai conseillé de garder les bureaux traditionnels, en effet, tout le monde n’est pas fan de meubles assis/debout. Pour nos clients, il s’agit désormais d’un article standard.


Q9 : Comment se fait-il que les bureaux assis/debout soient devenus standards pour vos clients ?
Les arguments sont repris dans le standard ISO 9241- 5ème partie. En principe, chaque personne devrait trouver un équilibre entre son poste de travail et ses dimensions corporelles. Les fabricants ont débuté par un bureau dont la hauteur était fixe comme standard et qu’il était possible d’adapter à différentes dimensions corporelles en ayant recours à un repose-pieds. Cependant, les fabricants ont standardisé la largeur des repose-pieds à 45 cm ce qui est insuffisant. Les gens sont habitués à bouger et doivent pouvoir le faire alors qu’ils sont assis. Les repose-pieds n’étant pas appropriés, ils se sont très peu vendus. Le résultat se traduisit par un bureau de 72 cm, pas suffisamment élevé pour 30% des utilisateurs et trop élevé pour 30% des autres utilisateurs, soit un mauvais équilibre dans 60% des cas.

Par conséquent, nous avons decidé de créer un article standard et de faire de l’équilibre un principe générique tout en permettant aux fabricants d’en réaliser plusieurs modèles : allant de l’entièrement réglable, en passant par plusieurs tailles, en partie réglable aux bureaux personnalisés. Nous sommes partis du principe que 100% des gens choisissent une table de travail en fonction d’un équilibre à trouver avec leurs dimensions corporelles.


Q10 : Quels sont les effets positifs de l’utilisation de bureau assis/debout ?
Je pense que les conséquences sur la santé sont positives en général. Dans les locaux de la poste allemande où les bureaux assis/debout ont été introduits pour la première fois, les employés travaillaient 8 heures, avec parfois 4 heures jusqu’à la pause suivante. Le bureau assis/debout est la seule solution valable pour assurer un mouvement minimal des employés. La première fois que nous les avons essayés, c’était à la station de télévision allemande qui avait programmé un nouveau bureau en Allemagne de l’Est, après la chute du mur. Nous avons décidé de démarrer la journée en adoptant la position verticale et puis de permettre aux personnes de s’asseoir. Ils ont aménagé plusieurs salles avec des bureaux debout. Le personnel travaillait debout pour un moment et puis combinait cette position avec des réunions en position assise, programmées plus tard dans la journée.

Il est beaucoup plus facile de parler en étant debout, par exemple en adoptant une position légèrement différente, il est plus facile de partager les émotions des clients plutôt qu’assis. Par ailleurs, les gens se plaignent moins de l’air ambiant et de l’air conditionné lorsqu’ils sont debout, parce qu’en bougeant ne serait-ce de peu, cela permet d’obtenir un autre flux d’air. De nos jours, nous équipons les utilisateurs d’oreillettes sans fil et de mobilier adaptable facile à utiliser en vue de faire bouger les personnes.

Le problème des bureaux assis/debout est l’éclairage. En effet, en adoptant la position debout, on se rapproche de la source d’éclairage. Pour parer à cet inconvénient, nous avons installé les dispositifs d’éclairage à même le bureau. Un autre problème est le besoin de ranger la chaise quelque part. En effet, que faire de sa chaise si on ne l’utilise pas ? Aucun problème si le bureau fait 20 m², mais cela est différent s’il ne fait que 7 m² comme dans certaines entreprises, il n’y a tout simplement pas d’espace pour mettre la chaise de côté et se tenir debout.

Q11 : En Allemagne, les règles concernant les employés de bureau sont strictes. Quelle est la plus importante d’après-vous ?

La règle la plus importante est d’avoir un contact visuel suffisant avec l’extérieur car il existe un lien direct avec la santé. Des études ont permis de démontrer que le rétablissement de personnes hospitalisées est plus rapide lorsque le contact visuel avec l’extérieur est de bonne qualité. La première étude que nous avons réalisée à ce sujet avec des employés de bureau date de 1990 et concernait près de 3000 utilisateurs. Les résultats ont été les mêmes à l’issue d’études menées plus tard à plus grande échelle. Dans le cadre de ces études, nous avons questionné les employés sur la distance entre leur bureau et la fenêtre la plus proche. Tous ont rapporté des problèmes de santé lies à cette distance. Les gens assis à moins de 2 mètres d’une fenêtre ont rapporté le moins de problèmes de santé même si les niveaux de température et de bruit sont pires à proximité d’une fenêtre. En interprétant l’étude d’Aschoff, nous suggérons que cela doit être lié aux rythmes circadiens et aux réactions de défense naturelle du corps humain. Le corps est en mesure de mieux fonctionner lorsqu’il reçoit une information circadienne par la lumière du jour.


Q12 : Aux Pays-Bas, de nombreux bureaux sont realisés en verre principalement . Qu’en pensez-vous ?
Cela ne fonctionne jamais car l’énergie accumulée à l’intérieur ne peutr être evacuée hors du bâtiment et la température à l’intérieur ne cesse de grimper. Les standards en matière d’éclairage définis par mon ancien professeur indiquent que si le facteur de lumière du jour est au delà de 8% (plus de 8% du niveau d’illumination extérieure), cela entraîne des problèmes de gestion thermique. Le verre est trop présent dans les bâtiments modernes. Afin de couper l’énergie sortante, des parties du spectre lumineux sont filtrés. Les fenêtres sont verdâtres tel un aquarium car le verre coupe les rayons bleus et rouges. Même les plantes de bureau souffrent de ce phénomène.

Les économies d’énergie et le rayonnement sain sont quelque peu contradictoires si les gens passent beaucoup de temps dans les bureaux. Les rayons UV sont presque entièrement filtrés par le verre normal. Le rayonnement UV et les rayons infrarouges ont été exclus de la définition de la lumière en 1925. Et donc, même si le niveau de lumière dans les bureaux est identique, cela ne signifie pas pour autant que les personnes à l’intérieur reçoivent des rayons UV. Et pourtant, les rayons UV sont essentiels et vitaux pour notre santé, notre niveau en vitamine D doit être suffisant. C’est la raison pour laquelle les employés doivent sortir 10 à 20 minutes pendant leur pause du midi. La chose bizarre est que parallèlement aux mesures d’économie d’énergie en Allemagne, il existe un règlement relatif au rayonnement sur les plantes de bureau. En effet, celles-ci meurent assurément si elles ne reçoivent pas suffisamment de rayons autres que de la lumière !

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